• La forêt des dragons

    La forêt des dragons

     

    Attention : cette histoire figure dans les projets de roman également.

    Nous venions tout juste d’emménager dans cette nouvelle ville. Mes parents ne supportaient plus de vivre dans notre ancienne maison depuis le décès de mon frère aîné. Mon père n’avait pas eu trop de difficultés à se faire muter dans un autre commissariat. Il était policier depuis la fin de ses études, il disait continuellement que c’était un métier honorable et qu’il était fier de l’exercer. Enfin, il racontait ça avant. Mon frère s’est tué il y a trois mois avec l’arme de service de mon père après avoir fumé un joint ; ce fut, je crois, un gros choc pour la famille. Mes parents voulurent changer de maison afin de recommencer leur vie. Il avait beaucoup trop de souvenirs dans notre ancienne demeure.
    Nous avons donc déménagé dans une grande et luxueuse maison proche d’une forêt. Dès mon arrivée sur ces terres, j’avais ressenti quelque chose de bizarre dans cette forêt. Il y avait comme une présence que je n’arrivais pas à définir. Ma chambre avait vue sur cette forêt qui m’intriguait.
    La première semaine passa et je ressentais de plus en plus cette énergie mystérieuse. Toutefois, lorsque je m’approchais trop des arbres, j’avais la peur au ventre, comme si quelque chose au fond de moi me disait de ne pas m’aventurer plus loin.
    Mes parents avaient la sensation de vivre mieux dans cette nouvelle maison. Ils disaient qu’ils avaient enfin retrouvé le calme et la paix. J’avais davantage l’impression qu’ils essayaient d’oublier mon frère afin de continuer à vivre comme avant. Je ne pouvais pas les blâmer, moi-même j’avais du mal à assumer sa disparition brutale.

    Un soir, ma mère rentra dans ma chambre sans prévenir. J’étais à la fenêtre en train d’observer cette forêt qui m’intriguait tout en fumant ; lorsque ma mère vit la cigarette, elle jugea mon attitude indécente et me disputa. Sans comprendre pourquoi, je quittai la maison et partis en courant dans la forêt. Il faisait noir et je ne voyais pas grand-chose, et j’étais très en colère contre ma mère. Je comprenais qu’elle ait peur que je commette la même erreur que mon frère, mais j’avais du mal à accepter qu’elle me traite de cette façon pour une simple cigarette.
    Je m’étais enfoncé dans la forêt sans même réfléchir. Au bout de plusieurs minutes de marche, je m’assis contre un arbre afin d’évacuer toute ma fureur. Une fois ma colère dissipée, je regardai pour la première fois où je me trouvais. La partie de cette forêt semblait bizarre. Les arbres étaient touffus et la nuit recouvrait tout de son voile noir. Je me levai et c’est là que je réalisai dans quelle situation je m’étais mis tout seul. J’étais perdu ! Après la colère venait le désarroi. À cause de mon manque de sang-froid, j’avais réussi à me mettre dans une situation inquiétante. J’essayai du mieux que je pus de ne pas céder à la panique. Mes parents se rendraient bientôt compte que je ne revenais pas et enverraient des gens à ma recherche. Je m’accrochais à cette idée et, afin de leur faciliter la tâche, je restai là où j’étais. Je demeurai sans bouger quelques heures avant de commencer à avoir très froid. Je me levais de temps en temps pour marcher en espérant me réchauffer, sans grand résultat. Lorsque je m’assis de nouveau, le froid m’engourdit. J’avais beau lutter contre le sommeil, il me gagna peu à peu. Je fis alors un rêve étrange. Une meute de loups s’approchait de moi pour me dévorer. J’étais, après tout, seul dans une forêt, la nuit. Je ne bougeais pas, comme paralysé, quand soudain, une étrange créature venait me sauver. Elle était un peu plus grande que moi. Sa peau était écailleuse et brun foncé. Deux paires d’ailes étaient attachées à son corps, l’une sur son dos et l’autre sur ses sortes de bras. La créature avait également deux jambes qui lui permettaient de se poser au sol. Les loups s’étaient reculés devant elle. Ils hésitaient à passer à l’attaque. Soudain, l’un d’eux se décida et sauta sur l’être ailé. Une lutte sans merci se déroula devant moi. Une fois le combat terminé, la créature me regarda. J’avais compris qu’il s’agissait d’un dragon. J’avais peur qu’il décide de me dévorer mais au lieu de ça, il s’allongea à côté de moi et s’endormit. Lorsque mon rêve se termina, je sentis dans mon sommeil comme une douce chaleur à mes côtés qui me réconforta. C’était comme si ce rêve m’avait réchauffé et rassuré.

    Au petit matin, lorsque le soleil se leva, je me réveillai en douceur. J’avais finalement réussi à passer une bonne nuit, contrairement à ce que je pensais. Tandis que je me levais, je remarquai au sol des traces de sang et de lutte. Une trace plus large se dessinait à mes côtés. Le sol s’était affaissé sur une bonne distance, comme si un immense animal s’était couché là. C’est alors que je repensai à mon rêve. Je me dis que ça n’avait pas pu réellement se produire, car les dragons n’existent pas. Ces créatures ne sont ni plus, ni moins que le résultat de notre imagination. Je restai assis encore un long moment avant de commencer à avoir faim. Mon ventre gargouillait hardiment. Je me levai donc et  marchai dans l’espoir de trouver des fruits ou autres baies qui pourraient me nourrir un peu. Après deux bonnes heures de recherche, j’ entendis le crépitement d’un feu. Je sentis naître en moi l’espoir de trouver enfin quelqu’un. Je cherchai en courant d’où venait ce bruit. Une fois que j’eus repéré le foyer, il n’y avait personne. Le feu brûlait seul, sans personne pour veiller dessus. J’étais déçu par ce faux espoir. Je le fixai un instant quand je sentis derrière moi quelque chose d’imposant, comme la présence d’une grande créature qui me soufflait son haleine chaude dans la nuque. Je me retournai et c’est alors que je le vis. Le dragon de mon rêve. Effrayé, je reculai et tombai sur le sol. L’animal ouvrit alors sa gueule et laissa tomber un lapin en charpie devant moi. Avec sa tête, il poussa le cadavre dans ma direction. Visiblement, il avait chassé ce gibier pour que je puisse me nourrir. Je regardai le feu un moment puis je lui parlai gentiment.
    - Dis, c’est toi qui as fait ce feu ?
    Bien entendu, il ne répondit pas. Il s’assit non loin du feu et me regarda. Ses yeux étaient d’un bleu ciel magnifique. Ils me faisaient penser à ceux de mon défunt frère. Je  mis le lapin de côté et je m’avançai vers la créature. J’approchai ma main délicatement, ne sachant comment il pouvait réagir, puis le caressai. Il se laissa faire sans rien dire. Sa peau était visqueuse comme celle des poissons et ses grandes écailles semblaient former une carapace impénétrable. Le toucher me procurait un grand plaisir. Je posai ma tête contre la sienne afin de sentir sa respiration lente et puissante. Je lui parlai à nouveau. J’avais la sensation qu’il comprenait lorsque je m’adressais à lui.
    - Dis-moi dragon, je me suis perdu dans cette forêt, pourrais-tu m’indiquer le chemin du retour ? Je t’en serais reconnaissant !
    L’animal se leva puis se courba. Il attendit un moment jusqu'à ce que je comprenne que je devais monter sur son dos. J’eus du mal à grimper tant sa peau était lisse ; je risquai de glisser à tout moment. Une fois assis, je vis comme deux trous dans la jonction des ailes. J’y glissai mes mains afin de m’agripper. Cela ne semblait pas lui faire mal vu qu’il ne réagit pas et ne laissa paraître aucun signe de douleur. Il s’accroupit un moment puis se propulsa haut dans le ciel. En seulement quelques secondes, nous nous retrouvâmes haut dans le ciel, les arbres. Sa manière de voler était assez particulière du fait de ses quatre ailes. Pendant que les deux qui étaient sur ses bras montaient, les deux du dos descendaient, et vice-versa. On avançait à grande vitesse. J’avais l’impression d’être monté sur une nouvelle attraction à sensation tellement on allait vite. Parfois, il montait très haut pour, l’instant suivant, redescendre en piqué. Ce petit voyage sur son dos m’amusait énormément. Soudain, il resta un moment sur place puis plongea vers la forêt. J’étais pris de panique, ne comprenant pas ce qui se passait. Une fois qu’il eut posé ses pattes arrière sur le sol, j’entendis des gens m’appeler. Je  compris que la créature avait entendu ces appels depuis le ciel. J’étais impressionné par son ouïe aussi développée. Il me laissa descendre puis, avec sa gueule,  me fit signe de partir retrouver les miens. Je remerciai l’animal puis courus un moment avant de tomber nez à nez avec mes parents qui étaient visiblement plus qu’inquiets. Tandis que je serrai ma mère dans mes bras, je regardai le ciel et vis une dernière fois celui qui m’avait aidé à passer la nuit dans cette forêt.


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